Outre la partie administrative (séances tenues en 2007 et 2008 et rapport sur les années 2006 et 2007), ce volume contient quatre contributions scientifiques.
Steven VANDERPUTTEN édite, à partir d’une copie du XVIIe siècle, une chronique en moyen néerlandais, qui relève du genre des gesta episcoporum : Het turbulente verleden van de Luikse prinsbischoppen door de ogen van een inwoner van het oude graafschap Loon: de Chronijk van Luyk, toegeschreven aan Petrus Treckpoel (1442-circa 1507-8), p. 5-88. Ce récit est l’œuvre d’un habitant du comté de Looz, sinon Petrus Treckpoels (1442-1506 ?) lui-même en tout cas un proche. L’auteur livre une appréciation très personnelle des faits qu’il sélectionne au cours des règnes successifs des princes-évêques de Liège jusqu’en 1506. D’intérêt régional, tous visent à illustrer les tensions constantes entre les Liégeois au tempérament frondeur et l’autorité légitime. Les commentaires se veulent moralisateurs, ils sont par ailleurs empreints d’une certaine naïveté.
José Eloy HORTAL MUÑOZ, La visión de un ministro « castellanista » sobre la situación de los Paises Bajos al final del siglo XVI : los « advertimientos » de Esteban de Ibarra, p. 89-166. Celui-ci, conseiller et premier secrétaire de la Secrétairerie d’État et de guerre, était étroitement concerné par les affaires des Pays-Bas. En 1596, il met son expérience au service de l’archiduc Albert en composant un dossier actuellement conservé aux Archives de Simancas. L’auteur en a extrait quatre pièces qu’il édite. Elle offrent le portrait des membres des conseils collatéraux et d’autres personnages importants associés à la gestion de l’État.
Henri HAAG, Le mémoire de Léon Arendt et les Conseils des ministres d’août 1914, p. 167-257, propose une interprétation de l’entrée en guerre de la Belgique qui s’écarte des vues traditionnelles. Il explique son point de vue dans une introduction fouillée. Il résulte de l’analyse d’un mémoire, qu’il édite, qui est généralement ignoré par les historiens belges : « En cas de guerre, que ferons-nous ? ». Ce texte est élaboré en novembre 1911 par Léon Arendt, directeur général de la Politique au ministère des Affaires étrangères. Bien avant 1914 en effet, régulièrement, la menace d’une grande guerre et d’une invasion est portée à la connaissance des autorités. Le mémoire reflète certes l’opinion de l’auteur, mais elle est partagée par les autres membres du département. Le « système », selon le qualificatif employé par Arendt lui-même, s’appuie sur un idéal de neutralité permanente. Le gouvernement accepte l’essentiel du plan en 1912. La pensée de Arendt eut dès lors une grande influence sur la politique du pays lors des Conseils des ministres du début août 1914 et tout particulièrement sur celui tenu le 4 de ce mois. Contrairement à ce que d’aucuns affirment, le rôle des ministres d’État fut loin d’être décisif lors du Conseil du 2 août. Ils ne furent consultés que pour la forme. Le promoteur de la politique neutraliste ne fut pas le Roi mais bien le Département, et ce dès avant le déclenchement du conflit.
L’augmentation de la tension internationale est palpable dans les années 1930. En Allemagne, la montée en force du national-socialisme est patente. D’autre part, depuis 1920, un accord militaire secret lie la Belgique et la France. Celle-ci le considère comme un véritable traité d’alliance, accordant à ses troupes en cas de nécessité le droit de passage à travers le territoire belge. D’autres dispositions de la convention donnent également naissance à des interprétations divergentes. Afin d’éviter au pays d’être entraîné malgré lui dans une action militaire, le baron Van Zuylen, directeur général de la Politique au ministère des Affaires étrangères, est convaincu de la nécessité pour la Belgique de disposer d’un nouveau statut international. Il devrait permettre à celle-ci de mener sa propre politique étrangère, caractérisée par le non alignement.
Dans l’étude présentée ici, accompagnée de l’édition de trente documents, Gustaaf JANSSENS (Paul-Henri Spaak en het begin van de Belgische onafhankelijkheidspolitiek (1936-1937), p. 259-391) s’attache tout particulièrement à trois notes que le jeune ministre socialiste des Affaires étrangères adresse au roi Léopold III. Ces rapports, conservés aux Archives du Palais royal et demeurés quasi ignorés jusqu’ici, mettent en évidence la vision du ministre à propos de la position internationale de la Belgique. Ils illustrent aussi la manière dont, avec ses conseillers diplomatiques, le Roi et le Premier ministre, il a donné forme à cette politique d’indépendance et en a défini les priorités.
Outre la partie administrative (séances tenues en 2006 et rapport sur l’année 2005), ce volume contient cinq contributions scientifiques.
Une importante contribution scientifique d’Olivier VANDERHAEGEN, par ailleurs couronnée par le Prix Bryce and Mary Lyon. L’auteur édite La correspondance de dom Nicolas Spirlet, dernier abbé de Saint-Hubert avec Patrice-François de Neny, chef-président
du Conseil privé des Pays-Bas autrichiens (1760-1782).
Celle-ci compte 182 lettres, dont soixante de Neny, retrouvées dans différents
dépôts d’archives. Ces documents sont aussi intéressants pour comprendre l’histoire politique de la période que pour découvrir,
dans les éléments privés de cet échange épistolaire, des facettes peu connues de ces deux personnalités. Spirlet, un homme au
caractère difficile, nourrit des ambitions personnelles, il souhaite l’érection de sa terre en évêché dont il se verrait bien le
titulaire. De longue date, il joue le rôle d’informateur voire d’intermédiaire du gouvernement de Bruxelles, notamment à l’égard
de la principauté de Liège et de la France. Il cherche l’appui du pouvoir royal pour résoudre les conflits qui l’opposent à sa
communauté monastique ou aux habitants soumis à sa juridiction.
L’ensemble de la correspondance reflète bien la situation particulièrement complexe d’une région dotée de structures féodales
et seigneuriales classiques, mais qui est par ailleurs un centre d’intérêt de la politique internationale. Sa situation géographique en fait un
élément de convoitise pour les puissances.
Outre la partie administrative (séances tenues en 2004 et rapport sur l’année 2003), le volume comprend six contributions scientifiques :
Véronique FLAMMANG, Le dénombrement de la seigneurie de Hallines (comté d’Artois) en 1440s, p. 5-40
Le contenu de ce parchemin, de 2,65 m de long, met scrupuleusement en évidence l’incroyable complexité des situations juridiques et agraires qui
se rencontrent dans une seigneurie, même modeste comme cette petite localité du Pas-de-Calais. L’édition de ce seul exemplaire connu du texte
se justifie d’autant plus qu’il est actuellement conservé à la mairie d’Halluin (arrondissement de Lille), qui a décidé de
se défaire de cette pièce. Un index des noms de personnes et de lieux facilite grandement la consultation de l’étude.
Jean-Marie CAUCHIES, De la « régenterie » à l’autonomie. Deux ordonnances de cour et de gouvernement de Maximilien et Philippe le Beau (1495), p. 41-88 livre un modèle d’édition. Les deux textes décrivent la structure formelle de l’entourage de l’archiduc Philippe. Surtout ils reflètent la volonté d’indépendance d’un fils vis-à-vis de son père et la résistance de ce dernier.
Monique WEIS, Du baume diplomatique sur les ravages de la guerre. La correspondance échangée entre le duc d’Albe et le duc de Clèves en 1568, p. 89-134.
Edition de vingt lettres en vieil allemand conservés aux Archives générales du Royaume à Bruxelles,
dans le fonds de la Secrétairerie d’État allemande. Les regestes développés facilitent
une utilisation poussée des textes en dépit des difficultés de la langue. Au printemps de 1568,
durant le Révolte des Pays-Bas, les troupes du duc d’Albe ravagent le duché de Clèves et
l’évêché de Münster. Dans ces territoires non belligérants, les dommages de guerre
sont importants et la population est durement éprouvée. Guillaume V. de Clèves exprime ses doléances
à ce propos au gouverneur général. La correspondance fait aussi état de l’accueil
complaisamment consenti par le duc à des réfugiés, exilés politiques ou trublions. Elle
illustre également la politique religieuse longtemps ambiguë entretenue par Guillaume V. Les réponses fournies
suite aux plaintes demeurent plutôt dilatoires.
Violet SOEN, Een vredesgezant worstelt met de Pacificatie van Gent. De vreemde wendingen van de vredesmissie in de Nederlanden van Jan van Noircarmes, baron van Selles (1577-1580),
p. 135-193
Edition de dix lettres et d'un mémorandum, en français ou en espagnol, provenant des dépôts d’archives de Bruxelles
et de Simancas, complétés par un index des noms de personnes. Ces documents permettent de suivre de près
le cours de la délicate mission diplomatique confiée à ce noble artésien, capitaine général
des gardes à la cour de Madrid. Le baron de Selles est chargé de ramener les Pays-Bas dans le droit chemin de
l’obédience politique et religieuse. Sa venue se situe dans le prolongement du plan qui consistait à y
envoyer Marguerite de Parme en qualité de médiatrice. Confronté à la recherche d’une solution
adéquate face à des protagonistes difficiles à rapprocher en raison de leurs exigences, le diplomate
improvisé accumule les initiatives malheureuses et joue cavalier seul. L’échec de sa mission est patent.
Cependant, il refait surface, sans plus de succès, à la faveur de l’Union d’Arras. Après la
réconciliation des provinces wallonnes, sa carrière militaire n’est guère plus heureuse et il meurt
en captivité.
Guy THEWES, Un territoire indéfendable ? L’état des forteresses aux Pays-Bas autrichiens en 1725 d’après un mémoire élaboré sous la direction du comte de Daun, p. 193-271
Charles VI, décidé à conserver les Pays-Bas, doit prendre les mesures appropriées à
leur défense. Dès 1716, une réforme de l’armée s’impose. Le réseau de
forteresses est un élément clé de leur défense. Dès lors, tout comme il a
été procédé à un recensement des effectifs militaires, une enquête est
commandée sur l’état des fortifications passées sous l’autorité des Autrichiens,
à l’exclusion donc des places de la Barrière. Le gros mémoire anonyme qui en forme la conclusion
est élaboré à partir des réponses fournies par les gouverneurs ou les officiers des états-majors
des différentes villes. Il porte sur une trentaine d’installations. Un exemplaire est conservé à
Bruxelles, aux Archives générales du Royaume, et l’autre se trouve à Vienne, au Kriegsarchiv. Si
la direction de l’enquête a été confiée au gouverneur général intérimaire,
l’exécution pourrait avoir été de la responsabilité du comte Eugène Hyacinthe de Lannoy,
colonel-propriétaire d’un régiment d’infanterie wallonne. Le document livre un bilan des forces et
faiblesses du système de forteresses aux Pays-Bas. Le nombre de pièces d’artillerie, le stock de munitions
de guerre, des outils de pionniers, le coût de l’entretien, l’estimation du montant des investissements à
réaliser dans la place sont fournis à chaque fois.
G. Thewes a édité des extraits significatifs de ce gros manuscrit : l’introduction générale,
les rapports relatifs aux forteresses de Luxembourg et d’Ostende, à la citadelle d’Anvers avec les forts qui
en dépendent, la « récapitulation générale » ou tableau de synthèse enfin.
L’édition est enrichie d’un très utile lexique des nombreux termes techniques et d’un index des
noms de personnes et de lieux.
A.S. NAMAZOVA, Guide des documents relatifs à l’histoire de Belgique conservés dans les archives des institutions publiques de Moscou (1778-1940), p. 243-370
Le texte de ce guide entièrement revu par madame Françoise Thomas, collaboratrice scientifique à l’Académie royale de Belgique,
diffère sensiblement de la version à tirage limitée éditée en 2004, sous le même titre, en russe et
en français, par Madame Namazova. L’inventaire donne un aperçu des documents relatifs à la Belgique
conservés dans les principaux dépôts d’archives de Moscou : le fonds des archives relatives à
la politique extérieure de l’Empire russe (AVPRI), les archives d’État de la fédération de
Russie (GARF), les archives de l’histoire socio-politique d’État de Russie (RGASPI), les archives militaires
d’État de Russie (RGVA), les archives d’histoire militaire d’État de Russie (RGVIA), les archives
de littérature et d’histoire de l’art de Russie (RGALI), les fonds du Musée central d’État
de la culture musicale « M.I. Glinka » (TSMMKG) et du Département des manuscrits de la Bibliothèque
d’État de Russie. Le contenu est extrêmement varié, des observations du consul de Russie à Ostende
sur la montée de la révolution brabançonne jusqu’aux archives du Parquet de l’Auditorat militaire
pour les années 1866 à 1940. De nombreux fonds concernent les entreprises belges en Russie avant la Révolution,
des organisations internationales ou privées, des rédactions de journaux et de revues, des groupements maçonniques,
des individus. La grande richesse de ces archives se mesure aisément à partir de l’index des noms de personnes
élaboré par Françoise Thomas. Y figurent près de quatre cents mentions relatives aux mondes politique,
diplomatique et universitaire ainsi que des milieux d’affaires, des lettres et de la presse.
Rob WECKX, De Nederlandstalige schepenakten van Diest van 1306 tot 1325, berustend in het Stadsarchief te Diest, p. 5-168 Cet ouvrage fait suite au travail d’édition du même auteur, publié dans le Bulletin de 2002 pour les années 1265 à 1306. La succession des 175 actes reflète les diverses facettes de l’activité d’un petit échevinage urbain en Brabant. Elle offre également un matériau précieux pour l’étude du moyen néerlandais. En effet, le Magistrat de Diest a incorporé plus tôt que ses confrères des villes voisines l’usage de la langue du peuple dans sa pratique. Un index des noms de personnes et de lieux facilite grandement la consultation de l’étude.
Julie VERSELE, Rapport de Gerónimo de Roda sur le fonctionnement du Conseil des Troubles aux Pays-Bas, suivi de suggestions pour sa réforme (s.d.-1571 ?), p. 169-191, L'auteur détermine avec vraisemblance l’auteur de deux rapports anonymes, rédigés en espagnol. Il s’agit manifestement d’un membre du Conseil-même. Les documents, adressés à Philippe II, apportent des éclaircissements significatifs sur la composition de l’assemblée. Ils permettent aussi de découvrir des problèmes inhérents au fonctionnement de celle-ci et des suggestions pour remédier à ces défauts.
Toon QUAGHEBEUR, Pastoorsbenoemingen na een vergelijkend examen in het aartsbisdom Mechelen tijdens de zeventiende en de achttiende eeuw. Parochie- en deelnemerslijsten, p. 193-319.
La première mention d’un concours entre les prétendants à une cure date de 1586. Toutefois, en raison des grandes lacunes
constatées dans les archives archiépiscopales, la présente publication n’est en mesure de s’attacher qu’aux épreuves
organisées à partir du XVIIe siècle. Elle se termine en 1786, l’année où Joseph II impose la
réorganisation de ce système de recrutement.
Un premier tableau dresse la liste alphabétique des paroisses, par doyenné, avec indication du nom du patron, du nombre de curés nommés
entre 1586 et 1786 et, quand le renseignement est connu, du mode d’accession, concours, permutation, etc. Une deuxième liste synthétique est
consacrée aux participants aux concours des années 1770-1786 (fonction, âge, études, connaissances, résultats et classement).
Un troisième tableau fournit pour chaque année, de 1745 à 1786, le nombre de paroisses ouvertes au concours ainsi que l’effectif
des participants.
Un quatrième recense les tentatives successives des candidats promus entre 1770 et 1786. Pour les mêmes années, enfin, une
dernière liste met en regard les souhaits des candidats et le sort réservé à leurs aspirations. Ce répertoire offre donc
une mine de renseignements non seulement pour l’histoire ecclésiastique mais aussi pour les études régionales et locales.
L’index des noms de personnes et de paroisses en rend la consultation particulièrement aisée.